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| Histoire et questions fréquentes III |
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| Bienvenue au document "Histoire de l'absinthe" le plus détaille, précis et complet sur le "web" au sujet de l'absinthe. L'information présentée ici est constamment mise à jour et étendue. N'hésitez pas à contacter Oxygénée avec vos suggestions pour corriger, embellir ou compléter ce document. |
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| Histoire I Qu'est-ce que l'absinthe? Comment l'absinthe est-elle bue? Histoire II Qu'est-ce qui donne à l'absinthe ses "effets secondaires"? Qu'est la plante appelée grande absinthe? Qu'est la thuyone? Quelles boissons d'aujourd'hui sont apparentées à l'absinthe? Quel est le goût de l'absinthe? Est-elle très amère? |
Histoire III Quelle est l'histoire de l'absinthe? Qui a inventé l'absinthe? Quelles étaient les meilleures absinthes? Que coutaient-elles? Histoire IV Quelle influence exerçait l'absinthe auprès des artistes et écrivains, comme entre autres Degas, Manet, van Gogh, Picasso, Rimbaud, Verlaine, Wilde et Hemingway? |
Histoire V Pourquoi l'absinthe a-t'elle été interdite? Qu'était l'absinthisme? Qui était Valentin Magnan ? Histoire VI Qu'étaient les meurtres de Lanfray? Quand l'absinthe a-t'elle été interdite? Que s'est-il passé après l'interdiction? Y-a-t'il une renaissance de l'absinthe? |
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| Quelle est l'histoire de l'absinthe? Qui a inventé l'absinthe? Bannie pendant plus d'un siècle jusqu'à sa renaissance récente, l'absinthe est un fossile vivant, la coelacanthe des boissons, qui nous emmène par magie vers le monde resplendissant de Paris et de la Belle Époque, un monde de musiciens et d'écrivains bohémiens, le monde du Moulin Rouge et des cafés de Montmartre, un monde d'artistes qui tirent le diable par le bout de sa queue et de courtisanes scintillantes. Mais l'origine de cette boisson se trouve loin des feux de Paris: l'absinthe fut produite d'abord près de Couvet en Suisse, et près de là, dans la région du Doubs autour de Pontarlier. Cette partie somnolente de la France rurale, nichée dans les contreforts boisés du Jura, est encore considérée comme le véritable pays natal de l'absinthe. La légende veut que l'inventeur de la boisson soit le Docteur Pierre Ordinaire qui en 1792, peu après la Révolution française, parcourait le Val de Travers sur son cheval Fusée, et produisit la première absinthe commerciale, d'abord comme remède miracle. Elle était préconisée pour traiter l'épilepsie, la goutte, les calculs rénaux, les coliques, le mal de tête et les vers. La potion était déjà dotée du sobriquet de "Fée verte" - un nom qui lui resterait associé jusqu'à l'âge d'or de l'absinthe. L'invention du Dr. Ordinaire suscita l'intéret d'un certain major Dubied, qui perçut son potentiel, non seulement comme médicament patenté, mais aussi comme apéritif. Dubied acheta ce qui était réputé comme étant la recette originale du Dr. Ordinaire à deux soeurs nommées Henriod au début du 19ème siècle, et commença à produire la liqueur à grande échelle. Cet historique populaire est vraisemblablement considérablement enjolivé: des documents attestent de liqueurs similaires à l'absinthe produites dans la région de Neuchâtel depuis au moins 1750, et les deux soeurs Henriod produisaient la liqueur avant que le Dr. Ordinaire ne fasse son apparition dans le Val de Travers. Le Dr. Ordinaire fut probablement simplement un docteur qui contribua fortement à la promotion de l'absinthe dans la région comme tonique d'herbes et remède populaire. |
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| En 1805, la compagnie Pernod Fils fut crée à Pontarlier, dans la région de la Doubs, par le beau-fils du major Dubied, Henri-Louis Pernod. Au début, deux alambics produisaient 16 litres d'absinthe par jour. Un peu après, Dubied père et son fils se séparèrent de Pernod pour retourner à leur ancienne firme, qui passa plus tard à un cousin nommé Fritz Duval. Pernod Fils alla de succès en succès. Le fils d'Henri-Louis, Louis Pernod, très dynamique, acheta un terrain de 3,6 hectares en bord du Doubs dans la banlieue de Pontarlier, et bâtit une usine avec une production excédant les 400 litres par jour. En 1850, au décès de Louis, l'usine était dotée de 26 alambics produisant 20 000 litres par jour. Les fils de Louis, Fritz et Louis-Alfred, prirent la relève. Financée par la famille de banquiers Veil-Picard, et avec l'aide du brillant ingénieur suisse Arthur Borel (associé à trois générations de Pernods) qui dessina la plus grande partie de l'équipement de distillation, d'embouteillage et d'emballage très novateur, la firme continua son expansion. Pernod Fils était en route pour devenir une des plus grandes firmes en France, couronnée de succès, et était une pionnière en matière de traitement éclairé des employés, à majorité féminins. Dès 1873, des plans de pension et de participation aux bénéfices furent mis sur pied, et la firme assura à ses coûts les employés contre les accidents et finançait leur soins médicaux. La popularité de l'absinthe monta encore quand elle fut utilisée comme prophylactique contre la fièvre pour les troupes en Algérie, de 1844 à 1847. Mélangée à de l'eau ou du vin - ce qui donnait ce que l'on appelait à la blague la "soupe d'absinthe" - on croyait qu'elle était antiseptique et protégeait de la dysenterie (et bien sûr, sa teneur en alcool aidait à rendre la vie de caserne moins monotone). Quand les troupes du Bataillon d'Afrique revinrent, elles ramenèrent aussi leur penchant pour cette boisson rafraîchissante et agréablement amère, et l'absinthe fit un tabac dans les bars et bistros dans toute la France. Le règne de Napoléon III - de 1852 jusqu'à l'invasion Prusse de 1870 - fut une sorte d'âge d'or pour l'absinthe. Encore relativement chère, elle était surtout la boisson de la bourgeoisie à la page. L'absinthe était supposée aiguiser l'appétit pour le dîner du soir, et en début de soirée, la senteur de l'absinthe flottait sur les boulevards parisiens. Venu les années 1870, il était normal de commencer le repas avec un apéritif, et entre les 1500 liqueurs disponibles, l'absinthe représentait 90% des apéritifs consommés. Les lois réglant les permis étant relativement laxistes dans les années 1860, il y eut une prolifération de nouveaux cabarets et cafés - plus de 30 000 à Paris en 1869, et 5 heures de l'après midi signifiait le début de "l'Heure verte" dans chacun des ces établissements. Le café était un point de rencontre extrêmement populaire, puisque la plupart des parisiens vivaient dans des appartements à l'étroit, souvent dans la misère noire. Nulle part cette culture de café ne fut plus vibrante que dans le quartier parisien de Montmartre, déjà le repaire des bohémiens littéraires et artistiques au milieu du 19ème siècle. Parmi les établissements les plus connus étaient la "Brasserie des martyrs", favorite de Baudelaire, le "Café du rat mort", fréquenté par les écrivains pendant la journée et un perchoir de lesbiennes la nuit, et le plus connu, le "Chat noir", fondé en 1881 par Théodore Salis, un peintre sans succès. Erik Satie jouait du piano ici, et Alfred Jarry était un visiteur régulier, tout comme le remarquable inventeur et poète Charles Cross, qui, disait-on, buvait vingt absinthes par nuit. En 1860, un jeune auteur parisien, Henri Balesta, écrivit "Absinthe et absintheurs", le premier livre décrivant le contexte social des buveurs d'absinthe invétérés. Il décrit une scène de café typique comme suit: "Le matin, à l’heure du déjeûner, les habitués venaient envahir les caboulots. Les professeurs d’absinthe étaient déjà à leur poste; oui, les professeurs d’absinthe, car c’est une science, ou plutôt un art que de boire convenablement l’absinthe, et surtout d’en boire considérablement. Ils se mettaient à la piste des buveurs novices, leur enseignaient à lever haut et souvent le coude, à tremper artistiquement leur absinthe, et quand, au dizième petit verre, l’élève roulait sous la table, le professeur passait à un autre." |
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| L'apogée de la popularité de l'absinthe fut atteinte dans les années de 1880 à 1910, quand son prix chuta, et qu'elle devint donc accessible à tous, rivalisant en popularité avec le vin en France. Durant cette période, tout le monde buvait de l'absinthe - les dames de société, gentilshommes en ville, hommes d'affaire, politiciens, artistes, musiciens, travailleurs... En 1874, le France consomma 700 000 litres d'absinthe, mais en 1910, ce chiffre atteignit 36 000 000 de litres d'absinthe par an! L'absinthe faisait partie de la quintessence de la société de la Belle Époque en France. Portée par cet engouement, la firme Pernod prospérait, avec une production en constante expansion. En 1896, la production atteignait 125 000 litres par jour. Un feu dévastateur détruisit l'usine en août 1901, et causa le déversement de millions de litres d'absinthe dans le Doubs, qui se troubla et sentit l'anis sur des kilomètres en aval. Mais en fins commerçants, les Pernods s'étaient assurés, et rebâtirent une usine ignifugée et doté du matériel dernier cri avec les 4 millions de francs obtenus des compagnies d'assurance. Le succès de Pernod Fils inspira une horde de marques imitatives - Edouard Pernod, Gempp Pernod, Legler Pernod, Jules Pernod, Jules Pernot, Perrenod et Cie, Émile Pernot, Pierrot, Père Noë et d'autres. La bataille constantes de Pernod Fils pour protéger son nom fut un des catalyseurs de la législation française sur les marques déposées. Une marque particulièrement effrontée était "La Même", comme dans "Garçon, la même! La 'Même'? Oui, La même" - échange qui pouvait faire boire une absinthe bien différente de la première... Pernod Fils (et certains de ses plus grands concurrents, comme Berger et Edouard Pernod) exportait vers les quatre vents. Les colonies françaises, et surtout l'Algérie, le Vietnam, Madagascar et Tahiti, étaient des marchés importants, tout comme les pays d'Amérique du Sud comme l'Argentine et le Chili. Évidemment, l'absinthe fit son petit bonhomme de chemin dans le petit Paris qu'était la Nouvelle Orléans, particulièrement dans des cocktails comme l' « Absinthe Frappée ». La « Old Absinthe House », avec sa fontaine en marbre vert patiné, y est une des attractions touristiques les plus fameuses. Aleister Crowley, l'écrivain mystique et magicien occulte, en 1916, écrivit son tract "Absinthe - the Green Goddess", dans cet établissement en attendant une amie. Il fut publié deux ans plus tard dans le journal socialiste "The International", et est souvent cité depuis. Après la fin de la prohibition, la compagnie Legendre, basée à la Nouvelle Orléans, lança la "Herbsaint" (quasiment un anagramme du mot "absinthe"), un pastis d'herbes ressemblant à l'absinthe, et est encore commercialisé à ce jour. |
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| Cliquez sur l'icone Adobe pour télécharger le texte complet (en anglais) de "Absinthe - The Green Goddess" de Aleister Crowley. |
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| Cliquez sur l'icone Adobe pour télécharger le texte intégral d'un livret publicitaire (1944) pour la "Herbsaint" de la Nouvelle-Orléans, avec plusieurs recettes de cocktail. (1.76MB) |
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| Quelles étaient les meilleures absinthes? Que coûtaient-elles? Comme on pouvait s'y attendre, l'absinthe était produite en différentes qualités et était vendue à des prix très variés, pour couvrir tous les segments du marché - allant de l'élégant boulevardier en passant par le travailleur manuel pour finir à l'alcoolique désespéré grattant ses derniers sous pour satisfaire sa soif. Au sommet de la pyramide se trouvaient Pernod Fils et l'Oxygénée de Cusenier, qui pouvaient exiger un prix en gros d'environ 2 francs par litre (c'est à dire un prix en détail d'environ 5 francs par litre). Juste sous ces marques, l'on trouvait les autres grandes marques comme Berger, Edouard Pernod, Premier Fils, Junod, Terminus, au prix en gros d'environ 1 franc 60. Puis venaient les marques a bonne réputation comme Parrot, Bazinet et Vichet, à 1 franc 30, et les fabricants maison fiables autour du franc par litre. En dessous de la pyramide, il y avait une masse de tord-boyaux fabriqués grossièrement, souvent adultérés et échappant à tout contrôle, coûtant parfois moins de 60 centimes le litre. Dans un cabaret cher et à la page comme le Moulin Rouge, un verre de Pernod Fils coûtait entre 50 et 60 centimes (encore relativement bon marché: environ la moitié du prix d'un verre de whisky, et un peu plus qu'une bière pression). Dans un café plus commun, le verre d'absinthe maison aurait coûté environ 25 centimes, et dans les tavernes sans chaises plus brutes dans les banlieues, les peux regardants pouvaient trouver un verre d'absinthe pour 5 centimes. Toutes les absinthes de haut qualité étaient distillées, coloriées à base de plantes, et pour les meilleures marques, faites à base d'alcool de raisin. Elles étaient vieillies dans des grands fûts en chêne pendant au moins six mois, et parfois pendant plusieurs années. À cause du coût de l'immobilisation du capital lié à ces stocks, certains fabriquant expérimentèrent avec diverses méthodes de vieillissement accéléré, entre autre par forçage d'oxygène à haute pression à travers l'absinthe. Les marques bon marché étaient faites d'essences mélangées dans de l'alcool de betterave ou de grain et étaient coloriées artificiellement. Il n'y avait pas d'appellations contrôlées standardisées, mais généralement, l'appellation la plus prestigieuse était celle d'absinthe suisse, ce qui faisait référence à la qualité (et la méthode), pas à l'origine du produit. Puis venait l'absinthe supérieure, l'absinthe fine, demi-fine, puis enfin l'absinthe ordinaire. Une absinthe suisse contenait entre 65 et 72% d'alcool, une absinthe fine environ 55%, et une absinthe ordinaire ne contenait que 45% d'alcool. |
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